JE COMPTE LES MEGOTS
Je compte les mégots dans mon cendrier
Pour mesurer ma solitude.
Puis, ne pouvant la contempler,
Je l'entoure d'un voile :
Une légère étoffe tissée de rêves
Sous laquelle je me blottis
A l'abri de la réalité.
Le parfum des cigarettes que j'éteins tour à tour
Est l'encens de mon église.
Et les cloches de mon esprit tintent, sonnent,
Grondent.
C'est le carillon des jours de fête, c'est le glas.
J'implore des dieux païens et, devant leur silence,
Je me construis des idoles
Sans jamais réussir à leur donner le souffle de la vie,
La réconfortante chaleur de la réalité.
La fumée de ma cigarette, d'un bleu d'espoir,
Monte, s'envole et disparaît
Emportant tout avec elle.
Il ne reste qu'un arrière-goût amer dans ma bouche
Et les mégots que je compte.
I COUNT THE CIGARETTES IN MY ASHTRAY
I count the cigarettes I have crushed in my ashtray
to measure my solitude.
Then, unable to contemplate it any longer,
I wrap it in a veil,
A transparent fabric woven of dreams
Under which I take shelter,
Safe from reality.
The perfume of the cigarettes I extinguish in succession
Is the incense of my church,
And the bells in my head tingle, ring and grumble;
They are the chimes of the high holidays, they sound an ominous toll.
I build myself idols,
Not succeeding to breathe life into them,
the comfortable warmth of reality.
The smoke from my cigarettes, in the blue of hope,
Rises, drifts away and disappears,
Carrying everything with it.
I am left with a bitter aftertaste
And the cigarette butts that I count.
by Maurice Asseo
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